Amylose à transthyrétine (ATTR-CA)

Dernière mise à jour :

1 sept 2026

La transthyrétine est une protéine produite principalement par le foie, qui transporte des hormones thyroïdiennes et la vitamine A dans le sang. Sous l'effet de l'âge ou d'une mutation génétique, la transthyrétine peut se déstabiliser et former des dépôts amyloïdes : le cœur est l'organe le plus souvent et le plus gravement atteint dans le cas d'une amylose à transthyrétine. La maladie peut évoluer sur plusieurs années, souvent silencieusement, avant que les symptômes cardiaques n'apparaissent. Les traitements disponibles agissent sur la protéine elle-même : ils ne suppriment pas les dépôts existants mais empêchent leur aggravation.


Le réseau F-CRIN GRACE a pour ambition d'accélérer la recherche clinique dans le domaine des amyloses cardiaques, de favoriser le développement, l’évaluation et l’accès aux thérapies et dispositifs innovants, de promouvoir le résultat des travaux, et d’apporter une information constante et renouvelée à la communauté des praticiens et patients.

Le réseau F-CRIN GRACE a pour ambition de fédérer et coordonner la recherche clinique dans le domaine des amyloses cardiaques au niveau national, avec pour objectifs de favoriser le développement, l’évaluation et l’accès aux thérapies et dispositifs innovants, de promouvoir le résultat des travaux, et d’apporter une information constante et renouvelée à la communauté des praticiens et patients.

Deux types d'ATTR

ATTRwt et ATTRv

ATTRwt et ATTRv

Il existe deux types d'amylose à transthyrétine : une forme sauvage (ATTRwt) et une forme héréditaire, causée par un variant (ATTRv ou ATTRm en français)


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ATTR sauvage (ATTRwt)

L'amylose ATTR sauvage — la « wt » désignant l'anglais wild-type, soit « de type sauvage » — survient en l'absence de toute mutation génétique. Elle résulte du vieillissement spontané de la protéine transthyrétine normale, qui devient instable avec l'âge et tend à former des dépôts amyloïdes. Elle touche presque exclusivement les hommes, à partir de la soixantième ou soixante-cinquième année, avec un pic de fréquence après soixante-quinze ans. C'est la forme dont la prévalence réelle est probablement la plus sous-estimée.

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ATTR sauvage (ATTRwt)

L'amylose ATTR sauvage — la « wt » désignant l'anglais wild-type, soit « de type sauvage » — survient en l'absence de toute mutation génétique. Elle résulte du vieillissement spontané de la protéine transthyrétine normale, qui devient instable avec l'âge et tend à former des dépôts amyloïdes. Elle touche presque exclusivement les hommes, à partir de la soixantième ou soixante-cinquième année, avec un pic de fréquence après soixante-quinze ans. C'est la forme dont la prévalence réelle est probablement la plus sous-estimée.

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ATTR héréditaire (ATTRv)

La forme héréditaire est liée à une mutation du gène TTR, dont plus de cent quarante variants ont été identifiés à ce jour dans le monde. Certains variants entraînent une atteinte prédominante cardiaque, d'autres une atteinte neurologique (neuropathie périphérique), d'autres les deux. L'âge de début est variable selon le variant en cause. La transmission est autosomique dominante : un enfant a une chance sur deux d'hériter de la mutation. La mutation Val122Ile est notamment surreprésentée dans certaines populations d'origine africaine.

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ATTR héréditaire (ATTRv)

La forme héréditaire est liée à une mutation du gène TTR, dont plus de cent quarante variants ont été identifiés à ce jour dans le monde. Certains variants entraînent une atteinte prédominante cardiaque, d'autres une atteinte neurologique (neuropathie périphérique), d'autres les deux. L'âge de début est variable selon le variant en cause. La transmission est autosomique dominante : un enfant a une chance sur deux d'hériter de la mutation. La mutation Val122Ile est notamment surreprésentée dans certaines populations d'origine africaine.

Quand suspecter une amylose ATTR ?

Les symptômes de l'ATTR-CA

L'amylose cardiaque à transthyrétine se présente sous des formes si diverses qu'elle peut passer inaperçue pendant des années. Initialement, les dépôts amyloïdes s'accumulent surtout dans les structures péri-articulaires : gaines tendineuses, ligaments, capsules articulaires. Le patient est alors pris en charge pour des troubles apparemment bénins : un canal carpien opéré, puis récidivant ; une rupture tendineuse dite « spontanée » ; une surdité progressive inexpliquée ; une sténose du canal lombaire nécessitant une chirurgie rachidienne. Ces affections sont fréquentes dans la population générale, particulièrement chez les hommes âgés : le maladie se cachant derrière des symptômes bénins, le délai moyen entre les premiers signes et le diagnostic reste supérieur à cinq ans selon les données des registres européens.


Focus sur le concept R'EPOF

Le concept R'EPOF associe les signes extracardiaques (R', R pour rhumatologique et « ‘ » pour le sonotone de la surdité) et les symptômes cardiologiques : Il a été développé par les experts de la Campagne Caméléon pour créer un outil simple de détection de l'ATTRwt-CA dans le cadre de l'étude de même nom.


Tableau des signes d'alerte extracardiaques - R'

Signe d'alerte
Description
Caractère évocateur d'amylose
Canal carpienCompression du nerf médian au poignetBilatéral, récidivant, homme > 50ans
Rupture tendon long bicepsRupture spontanée sans traumatismeTrès évocatrice chez l'homme âgé
Maladie de DupuytrenFibrose de l'aponévrose palmaireBilatérale, récidivante
Canal lombaire étroitRétrécissement du canal rachidienClaudication, infiltration ligamentaire
Prothèse de hanche/genou/épauleArthroseAvant 70 ans, pas de facteur évident
Doigt à ressaut (ténosynovite)Blocage d'un doigt en flexionMultiple, récidivant
Rupture coiffe des rotateursRupture tendineuse de l'épauleSans traumatisme significatif
SurditéPerte auditive progressivePrécoce, disproportionnée par rapport à l'âge
Canal cervical étroitRétrécissement du canal rachidien cervicalSymptômes de myélopathie cervicale


Signes d'alerte cardiaque - EPOF

E- Essoufflement Dyspnée à l'effort, puis au repos dans les formes avancées. C'est souvent le premier symptôme ressenti par le patient

P- Prise de poids  Prise de poids rapide, de plusieurs kilos en quelques semaines, traduit souvent une rétention hydrosodée liée à la défaillance cardiaque

O - Œdèmes  Gonflement des pieds, des chevilles, parfois du ventre (ascite), signant une insuffisance cardiaque congestive

F - Fatigue Fatigue anormale, disproportionnée par rapport à l'activité physique, persistante et qui ne cède pas au repos

BILAN DIAGNOSTIC

Une priorité collective

Des critères diagnostics non-invasifs

Le diagnostic de l'ATTR-CA peut être établi à partir de critères non-invasifs : selon les recommandations internationales, la combinaison d'une scintigraphie osseuse positive (grade 2 ou 3) et de l'absence de gammapathie monoclonale suffit à confirmer le diagnostic d'amylose ATTR sans biopsie cardiaque.

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Examens initiaux en cas de suspicion d'amylose

L'échocardiographie transthoracique est le premier examen à réaliser en cas de suspicion. Elle permet de visualiser l'épaississement des parois ventriculaires, l'aspect granité du myocarde, et d'analyser la fonction diastolique et le strain longitudinal global. L'électrocardiogramme (ECG) peut révéler un microvoltage, un bloc de branche, un aspect de pseudo-infarctus ou une fibrillation atriale. Enfin les dosages biologiques de NT-proBNP et troponine peuvent être effectués et permettent d'indiquer une souffrance myocardique.

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Examens initiaux en cas de suspicion d'amylose

L'échocardiographie transthoracique est le premier examen à réaliser en cas de suspicion. Elle permet de visualiser l'épaississement des parois ventriculaires, l'aspect granité du myocarde, et d'analyser la fonction diastolique et le strain longitudinal global. L'électrocardiogramme (ECG) peut révéler un microvoltage, un bloc de branche, un aspect de pseudo-infarctus ou une fibrillation atriale. Enfin les dosages biologiques de NT-proBNP et troponine peuvent être effectués et permettent d'indiquer une souffrance myocardique.

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Etablissement du diagnostic : scintigraphie + gammapathie

La scintigraphie osseuse (DPD, HMDP ou PYP) est l'examen clé du diagnostic. Elle détecte les dépôts amyloïdes dans le myocarde grâce à un traceur osseux qui se fixe sur la transthyrétine amyloïde. La positivité est cotée selon le score de Perugini (grades 0 à 3). Un bilan de gammapathie monoclonale est également à réaliser pour exclure une amylose AL. Il comprend l'électrophorèse des protéines sériques, l'immunofixation et le dosage des chaînes légères libres.

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Etablissement du diagnostic : scintigraphie + gammapathie

La scintigraphie osseuse (DPD, HMDP ou PYP) est l'examen clé du diagnostic. Elle détecte les dépôts amyloïdes dans le myocarde grâce à un traceur osseux qui se fixe sur la transthyrétine amyloïde. La positivité est cotée selon le score de Perugini (grades 0 à 3). Un bilan de gammapathie monoclonale est également à réaliser pour exclure une amylose AL. Il comprend l'électrophorèse des protéines sériques, l'immunofixation et le dosage des chaînes légères libres.

Les traitements

Les stratégies thérapeutiques

Les traitements actuellement disponibles n’améliorent pas l’état du patient : ils visent à stabiliser la maladie et à prévenir son aggravation.

Les stabilisateurs de la transthyrétine

Ces médicaments se lient au tétramère circulant de TTR pour empêcher sa dissociation en dimères/monomères et empêcher ainsi la formation de fibrilles amyloïdes.

Deux principaux traitements sont basés sur cette méthode : le tafamidis, qui est le premier traitement à avoir été approuvé spécifiquement pour l’ATTR-CM (essai ATTR-ACT) et l'acoramidis (Phase 3 approuvée, l'étude de phase 4 débute en sept. : MOSAIC-TTR )

Les suppresseurs de la production du gène

Ces thérapies réduisent la synthèse hépatique du gène TTR (gene silencer), limitant ainsi le substrat disponible pour former des fibrilles.

Il y a 2 classes principales : les siRNA (Patisiran, Vutrisiran) dégradent l’ARNm cible dans le cytoplasme tandis que les ASO (Antisense Oligonucleotide) tels que l'eplontersen agissent au niveau nucléaire. Le traitement par Vutrisiran est actuellement en étude de phase 4 (voir specTTRa)

D'autres stratégies thérapeutiques sont cependant en cours d'étude

L'édition génique (CRISPR-Cas9)

Cette approche vise une réduction durable, potentiellement en une seule administration, de la production de TTR en introduisant des mutations ciblées dans le gène TTR

L'essai clinique MAGNITUDE (phase 3) est actuellement en cours pour évaluer l'efficacité et la sécurité du nexiguran ziclumeran (nex-z, anciennement NTLA-2001). .

Les dégradeurs de dépôts amyloïdes

Contrairement aux autres stratégies qui agissent en amont (stabilisation ou réduction de la production), les "removers" (dégradeurs) suppriment les fibrilles déjà déposées dans les tissus.

Plusieurs études sont actuellement en cours notamment, l'essai de phase III DepleTTR-CM et l'essai CLEOPATTRA

Principaux articles de recherche

2005 — Scintigraphie osseuse et score de Perugini

Article fondateur du score visuel de Perugini et de l’utilisation du 99mTc-DPD pour différencier l’ATTR de l’AL.

Perugini E, et al. Noninvasive etiologic diagnosis of cardiac amyloidosis using 99mTc-DPD scintigraphy. JACC. 2005;46:1076–1084. DOI:10.1016/j.jacc.2005.05.073

2016 — Diagnostic non invasif de l’ATTR-CM

Étude multicentrique sur plus de 1200 patients montrant qu'une fixation scintigraphique de grade 2–3 associée à l’absence de protéine monoclonale permet un diagnostic non invasif d’ATTR-CM avec une spécificité et une valeur prédictive positive de 100 % dans cette cohorte.

Gillmore JD, et al. Nonbiopsy Diagnosis of Cardiac Transthyretin Amyloidosis. Circulation. 2016;133:2404–2412. DOI: 10.1161/CIRCULATIONAHA.116.021612

2018 — Essai ATTR-ACT, traitement de l'ATTR-CM par Tafamidis (stablisateur)

Essai pivot randomisé chez 441 patients. Le tafamidis réduit la mortalité toutes causes confondues et les hospitalisations cardiovasculaires

Maurer MS, et al. Tafamidis Treatment for Patients with Transthyretin Amyloid Cardiomyopathy. New England Journal of Medicine. 2018;379:1007–1016. DOI: 10.1056/NEJMoa1805689

2022 —Revue de synthèse sur l'amylose cardiaque à transthyrétine

Epidémiologie, phénotypes, marqueurs cliniques, modalité d'imagerie,biomarqueurs et traitements de l'ATTR-CA

Porcari A, Fontana M, Gillmore JD. Transthyretin cardiac amyloidosis. Cardiovasc Res. 2023;118(18):3517-3535. doi:10.1093/cvr/cvac119

2024—Essai HELIOS-B, traitement de l'ATTR-CM par Vutrisiran (silenceur)

Etude sur 655 patients démontrant que le vutrisiran réduit le risque de décès, toutes causes confondues, et d'événements cardiovasculaires

Fontana M, Berk JL, Gillmore JD, et al. Vutrisiran in Patients with Transthyretin Amyloidosis with Cardiomyopathy. N Engl J Med. 2025;392(1):33-44. doi:10.1056/NEJMoa2409134

2024—Essai ATTRibute-CM, traitement de l'ATTR-CM par Acoramadis (stabilisateur)

Etude sur 655 patients démontrant que le vutrisiran réduit le risque de décès, toutes causes confondues, et d'événements cardiovasculaires

Gillmore JD, Judge DP, Cappelli F, et al. Efficacy and Safety of Acoramidis in Transthyretin Amyloid Cardiomyopathy. N Engl J Med. 2024;390(2):132-142. doi:10.1056/NEJMoa2305434

2025—L'ATTR-CM en modèle pour la médicine de précision

Description de grandes classes d'approches thérapeutiques utilisées pour le traitement de l'ATTR-CM : stabilisateur, inhibiteur du gène (gene silencer), anticorps dégradeurs et édition génique

Gonzalez-Lopez E, Maurer MS, Garcia-Pavia P. Transthyretin amyloid cardiomyopathy: a paradigm for advancing precision medicine. Eur Heart J. 2025;46(11):999-1013. doi:10.1093/eurheartj/ehae811

Pour approfondir

Ressources externes

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